Ma vie de n°une ('Myth of Malham' 2010)

Publié le par Emilie se balade

Depuis lundi vous avez ce que signifie le nom embrayons donc sur la suite.

Jeudi soir, je monte dans le ferry de Caen à Portsmouth pour rejoindre Cowes (sur l'île de Wight - rechercher dans mon ancien blog, vous trouverez plein de trucs sur la région) ou m'attendait Chenapan, un A35 avec qui j'avais déjà couru à Lorient l'an dernier.

 

Après un bon 'English Breakfeast' (thanks to Helen), j'arrive dans une marina déserte comparée à mes souvenirs de Cowes Week. Je fais connaissance des autres équipiers avec qui je vais passer mes prochaines 35heures de mer... autant qu'une semaine de boulot, pas croyable! On termine de préparer le bateau et termine l'avitaillement. On sort bien en avance pour se chauffer un peu.

http://www.rorc.org/races/malham09.gif

Au programme 230 miles de course entre Cowes et Plymouth, au sud de Angleterre pour ceux qui n'ont pas encore compris.

 

On passe devant le jury avec à la main les extincteurs... ben oui c'est aussi ça le Rorc! A midi c'est le départ. La ligne est mouillée à l'année mais cette fois ci elle est quasi dans l'axe du vent. On part bâbord mais obligés de revirer assez tôt pour éviter les tribords. On tricote dans le solent et on se retrouve en tête à mi-chemin de la sortie du solent, beau coup! Quelques heures plus tard on commence à voir les TP52 nous doubler les uns après les autres... les gros partis après nous rattrapent, enfin un peu de spectacle pour nous.

On continue vers le 'large' au près, certains choisissent l'option à la cote... verra bien plus tard qui a raison. Il faut jouer avec le vent mais aussi le fort courant dans la région et le clapot qui lève aux caps ou sur les hauts fonds surtout quand le vent va contre le courant.

Nous au rappel on a pas grand chose à faire alors on discute, pendant des heures et des heures...

On enchaîne encore quelques virements puis en fin d'après midi on finira par rester sur le même bord jusqu'à Eddystone à 4h du matin...

Je dors un peu sur le pont, certains vont se reposer à l'intérieur. On fait quand même une manoeuvre de voile (youpi), on change le médium pour le jib top au milieu de la nuit, vite fait, bien fait. Ma première manoeuvre de n°1 depuis le départ! On a abbatu un peu, la short-sheet ne suffisait plus.

Durant la nuit j'ai pris un peu la barre quand le vent était un peu moins fort, a 3 ou 4 sur le pont avec au loin un phare qui n'en finit plus de clignoter, c'est que du bonheur. I'm loving it !! C'est pour ça que je navigue.

Le phare ressemble à ça. J'ai pas pu prendre de photos, la batterie de mon appareil étanche est morte et vu le temps j'aurais pas sorti l'autre. On l'a vu au petit matin dans la grisaille et le crachin, avec quelques vagues partout autour et 20kn de vent bien établis. Au final ça ne ressemblait pas vraiment à ça mais qu'importe.

 

http://www.rorc.org/downloads/images/eddystone_myth_of_malham.jpg

 

Sur le chemin du retour on croise 'Foggy Dew', le JPK 10.10 notre concurrent le plus direct. Bonne surprise puisqu'on l'avait un peu perdu de vue et et que personne n'était vraiment sur même si notre intuition nous le disait si il était passé devant nous ou pas... On estime qu'il est une bonne demi heure derrière.

C'est à ce moment que je vais me coucher, un peu le mal de mer, j'ai surtout froid, mes fringues ne sont plus étanches, va falloir investir. Je me couche dans les spis, ma fois très confortables et dors quelque peu. Des heures plus tard, je sais pas trop combien, je me lève pile poil pour envoyer le spi... enfin du taf! Je mange une banane (super hein!) et grée le code 5, qu'on ne gardera finalement pas très longtemps, on peut abattre assez pour envoyer le spi lourd symétrique. Le vent est maintenant établi à 30kn, ça envoie du gros!!! Tout le monde est motivé, on affale le code 5, récupère les points (pas osé le peeling, d'un commun accord ça allait à tout le monde) et le spi rouge monte! C'est parti pour le fun! J'ai plus froid, je suis bien. Je me met sous le vent pour stabiliser un peu le bateau dans les départs à l'abatée, j'ai le hale bas dans la main, je ne le quitte plus, pour rien au monde. Le temps que tout le monde trouve ses marques (on n'avait jamais navigué ensemble, certains jamais sur le bateau, on envoie le spi pour la première fois dans 25kn établis avec de la mer, et rien ne foire vraiment, c'est beau) le bateau part plusieurs fois au lof mais on rattrape toujours le coup, j'ai juste de l'eau dans les bottes mais qu'importe! C'est aussi pour ça que je navigue. Et puis ça va de mieux en mieux, le speedo ne descend plus sous les 10kn, reste le plus souvent vers 13 et décolle plusieurs fois de suite au dessus des 17 avec même une pointe à 19,5kn, le nouveau record du bateau. On ne dépassera pas les 20 mais je crois que sur le plus gros surfe personne n'avait vraiment envie d'accélérer encore tellement la vague de devant se rapprochait et sans se le dire, on a tous du penser qu'on allait la rattraper... mais non, on décélère, elle passe. A quand la prochaine? La mer est hachée, les vagues plus ou moins longues, plus ou moins agréables... les surfes s'enchaînent. 

Je dois aller sur la plage avant reficeler le génois qui part à l'eau, à 15kn sur la plage avant, je peux vous dire que ça procure des sensations mais que quand même t'es pas hyper rassurée, faut pas que ça parte en vrille à ce moment la...

Bien sur, tout ça ne pouvait pas durer éternellement, c'était trop beau. Qu'est ce qui est vraiment arrivé? on ne le saura jamais tellement les choses vont vite. Au ponton après on a fini par conclure que  le hale bas de tangon a lâché donc le bras est parti du winch avec la tension donc le spi est parti en vrac donc le tangon était dans l'étai c'est à ce moment la que je me suis dit qu'il allait pas falloir que ça dure trop longtemps comme ça et  c'est aussi à ce moment la que le bateau avec donc une vague à fauché mes jambes du chandelier ou je posais mes pieds donc je me suis retrouvée à moitié sous l'eau (mais je crois que j'étais encore dans le bateau) donc j'ai senti une main me rattraper et me remonter dans le bateau (je vous rassure, j'avais un gilet de sauvetage et une longe attachée). On affale le spi finalement assez proprement vu les conditions, il est déchiré au point d'écoute. On renvoie le génois le lourd. Le temps que tout le monde se remette de ses émotions, on décide de renvoyer le code5. On regrée des écoutes et bras propres (au passage on en a perdu) mais la tentative tourne court. A peine monté que le point d'écoute explose aussi... On le ré-affale aussi tôt et repart sous génois lourd, faute de garde robe plus adaptée. On voit deux spis blancs se rapprocher derrière, sans trop savoir à qui ils appartiennent...faut s'accrocher, on est au large de Swanage, le plus dur est fait.

Nous on a plus le choix, plus de spis utilisables par ce vent et cette mer. Il doit être dans les 15 ou 16h, dur d'avoir une idée claire et précise. La fatigue commence à se faire sentir.

Au final, Foggy dew nous grille d'un petit quart d'heure sur la ligne et nous terminons donc deuxième en temps réel comme en temps compensé. Pas si mal non même si on pouvait espérer passer la ligne en tête...

 

Du coup je n'ai pus qu'une envie, faire le Fastnet l'an prochain, maintenant que j'en ai fait la moitié, j'ai comme un goût de trop peu.

 

En tout cas je tiens à remercier tout l'équipage de Chenapan pour cette superbe régate. Principalement Gilles et Phillipe, Bruno, Sabine, Richard, Pierre Yves et Olivier.

 

Quelques articles sont parus dans la presse à ce sujet, et je sais aussi que des photos ont été prises au départ mais je ne les trouve pas sur le net...

Allez voir sur le site du RORC, et du RoRC encore, plus ou moins repris sur Intersail, Yacht and Yachting.Le blog d'un autre concurrent (un IRC1 voir 0 apparemment) qui lui a pris une photo plus réaliste du phare, et d'un encore autre concurrent...

Publié dans La Voile

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